Comment améliorer la qualité de l’air dans nos maisons

Batirenover : Est-on plus à l'abri de la pollution chez soi que dehors ?


Séverine Kirchner de l'OQAI : Tous les logements sont pollués. On vit en permanence dans une soupe chimique microbiologique. Cette pollution est d'autant plus accentuée quand l'air n'est pas renouvelé. Dans un logement, l'air intérieur a la même teneur que l'air extérieur, qu'il soit équipé d’un système de VMC ou pas. Donc, si on vit près d'un axe très circulé, on est d'autant plus pollué. Chaque milieu, intérieur et extérieur a des polluants qui ne se trouvent pas dans l'autre. A l'intérieur, on trouve des polluants spécifiques, comme le benzène (que l'on trouve dans des plastiques, des caoutchoucs synthétiques), le radon (éléments chimique hautement radioactif), le formaldéhyde (qui se dégage pendant une combustion, de tabac, d'encens, d'une gazinière en marche ou d'une cheminée). Les parfums d'ambiance et cosmétiques sont aussi des sources de pollution. En moyenne, un Français passe environ 16 heures chez lui, dont un peu plus de 9 heures dans sa chambre à coucher. Cette pièce est donc déterminante pour le bien-être.

B : Certains toxiques sont aujourd’hui interdits, mais comment savoir s’ils sont toujours présents dans nos maisons ?


S.K. : Certains polluants, bien qu'interdits maintenant, sont persistants, parce qu’ils se dégradent très lentement. Le lindane en fait partie. C'est un pesticide qui sert au traitement du bois. Il a été interdit en 1998 en France mais est toujours présent des années après dans les lambris, parquets… Même chose pour les PCB (polychlorobiphényles), qui sont de bons retardateurs de flamme. Ils ne sont plus utilisés dans ces appareils depuis les années 80. En revanche, si on a d'anciens radiateurs ou appareils électriques, on peut toujours en avoir chez soi.
 


B : Quels sont les toxiques "bien intentionnés" (anti-feu, anti-tâches, conservateurs, etc…)


S.K. : De très nombreux produits toxiques sont présents dans la composition de meubles, peinture, tissus d'ameublement, matériau isolant pour leur propriété de conservation (qui empêche les cosmétiques, les produits nettoyants, les peintures à l'eau de moisir), leur pouvoir anti-tâche ou anti-feu. Ils peuvent aussi avoir des pouvoirs stabilisants (pour la couleur d'un objet) ou plastifiants (comme les phtalates, qui confèrent au PVC flexibilité et souplesse ). Ils sont conçus pour donner à un appareil, un meuble ou à un matériau de construction des performances particulières. Le plus connu est l'amiante. Excellent contre le feu, il se révèle dangereux pour la santé. On le trouve encore dans d'anciens matériaux isolants ou dans des revêtements de toiture. Les PBDE (Les polybromodiphényléther sont utilisés pour ignifuger les produits plastiques et les textiles) sont présents dans les coussins, les appareils électroniques, les tapis. Ils arrêtent les flammes mais s’accumulent dans l’organisme. Ils provoquent des troubles nerveux sur des cobayes de laboratoire.

B : Quels problèmes de santé peuvent-ils entraîner ?


S.K. : On compte 4 000 personnes intoxiquées chaque année, le plus souvent en inhalant des produits toxiques. On recense une centaine de morts par an suite à une exposition au monoxyde de carbone (un gaz qui est présent lorsqu'une combustion au bois, au gaz naturel, au butane ou au fioul est incomplète. Cela peut arriver à la mise en route du chauffage ou de l’eau chaude). Le benzène est reconnu cancérigène. Suite à des tests sur des rongeurs, il a été prouvé que les phtalates avaient des effets négatifs sur la fécondité masculine.
 


B : Si l'on envisage une rénovation, quels conseils pour améliorer la qualité de l'air intérieur ?


S.K. : Avoir une bonne qualité d'air intérieur, c'est maîtriser les sources de pollution. A partir de janvier 2012, une loi oblige à modifier l'étiquetage des nouveaux matériaux de construction et de décoration. La même règle s'appliquera en septembre 2013 pour les matériaux déjà commercialisés. Les étiquettes devront mentionner 10 produits toxiques qui entrent dans leur composition. Elles reprendront le même principe que l'étiquette énergie. Si l’on souhaite rénover pour vivre dans une atmosphère saine, on pourra choisir des matériaux classés A+.
La mise en oeuvre aussi est importante. Il est essentiel d'avoir une vision globale de son projet en tant que maître d'ouvrage parce que l'on fait intervenir séparément les artisans des différents corps de métier. Pour prendre un exemple parlant, l'artisan qui s'occupe de l'isolation ne se préoccupe pas d’installer un système de ventilation. Ce serait pourtant primordial car un logement trop hermétique ne respire pas, et au bout de quelques mois, les murs sont couverts de moisissures. Il en va de même si on remplace ses ouvrants (portes et fenêtres) pour des équipements plus isolants. La présence d'une VMC et celle d'une entrée d'air sont nécessaires. Suivant le même principe, on recommande de détalonner la porte d'entrée, c'est à dire de la raboter afin qu'elle laisse passer suffisamment d'air. Il est bon aussi d'avoir un système d'extraction d'air dans les pièces d'eau, cuisine, salle de bains et WC. Par ailleurs, dans l'étude menée par l'OQAI évoquée plus haut, on a constaté que les maisons avec un garage communicant étaient polluées aux gaz d’échappements, c’est donc une disposition à éviter.

 

Logo étiquette qualité de l'air intérieur

 


B : Quels gestes sains sont conseillés au quotidien ?


S.K. : Comme on l'a vu, l'aération est importante, y compris si son logement est situé dans un environnement pollué. La raison est due au confinement de l'air intérieur, qu’il est bon de renouveler.
La nécessité d'aérer dépend de nos activités. Elle est importante lorsqu'on fait le ménage, la cuisine ou du bricolage. Mais elle est moindre la nuit, quand on est au repos.
Il est naturellement conseillé aux personnes allergiques ou asthmatiques d'éviter les sources de polluants, comme les animaux de compagnie, ou des objets ou revêtements qui attirent la poussière (bibelots, moquettes, tapis).
 


B : Peut-on imaginer un logis sans aucun toxique ?

 


S.K. : L’émission zéro polluants n’existe pas pour le moment, parce que nous avons des besoins essentiels comme isoler ou peindre son logis, le meubler, le nettoyer, mais aussi se laver. Et les produits toxiques sont, pour l’instant présents partout et dans tous les produits.
Un logis totalement exempt de pollution est possible. On y arrivera progressivement, cela prendra des années.
Le règlement REACH entré en vigueur en 2007, est révélatrice. Il s'agit d'une réglementation à l'échelle européenne des substances chimiques. Celles qui sont produites dans les plus grandes quantités doivent être évaluées, puis autorisées ou restreintes selon leur impact sur la santé humaine.
Actuellement, on voit un réel intérêt pour ce problème de pollution des logements mais aussi des bâtiments publics. Cet enjeu sanitaire fait l'objet d'une vraie prise de conscience et les choses devraient s'améliorer.

 


En savoir plus

 

Site de l'OQAI www.air-interieur.org
Nombreuses brochures à consulter et télécharger dans la médiathèque
Séverine Kirchner est également chef de pôle Expologie des environnements intérieurs au CSTB
www.cstb.fr
www.ademe.fr

 

Propos recueillis par Marie-Caroline Loriquet, 28/10/11


*L'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur a été créé en 2001, suite à un accord signé entre les ministères du Logement, de la Santé, de l'Environnement ainsi que l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment).

 

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