Rénovation de l’habitat existant

Un constat nettement perfectible

Le marché des travaux ayant un impact énergétique sur l'habitat compte pour un tiers du marché total de la rénovation des logements. Il est dominé par les travaux de rénovation des ouvertures, suivis par ceux du chauffage. Cependant, à ce jour, la qualité énergétique des logements obtenue après travaux reste à améliorer dans plus de 90 %* des cas si on se réfère notamment aux perspectives tracées par le Grenelle de l'Environnement.
Comme tous travaux, les opérations d'amélioration énergétique des logements se heurtent à de nombreuses contraintes : les coûts selon l'ambition des rénovations, la nécessité fréquente de recourir à l'emprunt pour assurer le financement, des choix prioritaires autres que les économies d'énergie, une complexité du sujet qui génère un besoin important d'informations.
Mais les professionnels, même porteurs du crédit d'impôt, sont encore peu prescripteurs de solutions très performantes. Leurs demandes de formation pour la mise en place de ces solutions montrent cependant qu'ils sont en train d'évoluer. En revanche, limités à la pratique de leur métier, ils ont du mal à orienter leurs clients vers des rénovations énergétiques exemplaires, qui exigent les compétences de plusieurs corps d'état. Heureusement, les initiatives dans ce domaine se multiplient, avec le récent lancement de la certification Cequami "Maison rénovée".
En examinant les progrès à faire d'ici 2020 pour placer le parc de logements existants au niveau attendu par la France au travers du Grenelle de l'environnement (soit une réduction de 38 % de la consommation d'énergie), les réhabilitations énergétiques doivent avant tout devenir plus performantes. Selon les types de travaux, les progrès seront malheureusement d'importances inégales.

Une étude révélatrice pour poser des jalons

Chappée Selon l'étude OPEN initiée par l'Ademe et rendue publique en décembre 2008, on s'aperçoit que le niveau de performance des logements après travaux est loin d'être au rendez-vous. En effet, on constate que :
– Parmi les solutions classées selon leur niveau de performance en termes d'efficacité faible, moyenne ou optimale, seuls 10 % des cas concernent l'efficacité optimale.
– 22 % des rénovations sont considérées "d'efficacité faible ou nulle" car elles n'aboutissent pas à une rénovation satisfaisante du logement sauf à renouveler rapidement les nouveaux équipements mis en place.
– Les rénovations classées "d'efficacité partielle" (travaux partiels, qui seront à compléter ultérieurement) dominent avec 75 % des réalisations.
– Quant aux rénovations "d'efficacité satisfaisante", elles représentent seulement 3 % des logements.

Concernant les contraintes ressenties par les maîtres d'ouvrage se lançant dans les travaux :
– 45 % des ménages ayant procédé à une amélioration énergétique de leur logement, ont eu pour motivation principale les économies d'énergie. Les autres raisons avancées sont l'agencement, l'équipement, la décoration du logement (23 % des ménages concernés) ou l'obligation de réparer (19 %).
– La recherche d'artisans ou d'entreprises, déjà dominante dans les démarches habituelles des ménages désireux d'entreprendre des travaux, est encore plus marquée lorsque le projet a pour but de faire des économies d'énergie. Les demandes de conseils se multiplient. Lorsque 80 % des projets de travaux sont lancés au bout de 18 mois, il faut 24 mois pour que la même proportion de projets d'économies d'énergie aboutissent.
– Les solutions de performance énergétique les plus efficaces sont les plus onéreuses. Ainsi, par exemple, le coût de l'équipement d'efficacité moyenne le plus fréquemment choisi pour le chauffage est de 20 à 70 % inférieur à la solution la plus efficace. Les rénovations satisfaisantes sont évaluées en moyenne à près de 20 000 euros.
– Une analyse détaillée montre une sollicitation plus marquée des revenus courants pour les petits travaux (inférieurs à 1 500 €) et des prêts bancaires pour les gros travaux. Les rénovations satisfaisantes font partie des travaux financés à plus de 30 % par le crédit bancaire.

Dans le domaine du chauffage, un client prescripteur, souvent à mauvais escient…

 Selon les chauffagistes, le client reste le principal décisionnaire. Selon les chauffagistes, dans 55 % des cas, le client décide de remplacer la chaudière à l'identique. Dans 18 % des cas, l'artisan n'a pas envisagé avec le particulier d'autre type d'équipement sur le chantier, sans doute pour ne pas risquer de voir son devis refusé parce que trop cher. L'argument économique pèse donc fortement sur le choix de la non-performance. On peut relever que seulement 9 % des artisans ou entreprises ayant installé une chaudière standard ont proposé un produit plus performant.

Chauffage et isolation, une union encore à problème

Quand un nouvel équipement de chauffage est posé sans travaux d'isolation préalable, une majorité de chauffagistes (61 %) répond que la question de l'isolation n'a simplement pas été posée. Même réponse pour la majorité des couvreurs qui ont rénové une toiture sans isolation.
Les chauffagistes n'évoquent pas de manière systématique l'intérêt de coupler les interventions de chauffage et d'isolation alors même que les difficultés techniques (mise en œuvre, configuration des lieux) semblent rarement insurmontables. Seuls 30 % des cas d'intervention en toiture aboutissent à la pose d'une isolation. L'amélioration du taux de diffusion des rénovations énergétiques performantes pourrait être favorisée par une pro-activité accrue des artisans et entreprises.
Cette attitude montre la difficulté des professionnels à sortir du cadre de leur métier pour conseiller leurs clients sur une maîtrise globale de l'énergie, transversale à plusieurs corps de métier.

L'isolation, encore le parent pauvre !

La part de la rénovation au sein du marché des produits d'isolation atteint 23 % pour les panneaux de toit et isolants sous rampants de combles, 29 % pour les complexes de doublage pour murs et cloisons, 13 % pour les plaques de plâtre.
Cette part est très inférieure à celle des équipements comme les chaudières et les fenêtres (60 % pour les fenêtres PVC ou les chaudières gaz). Les produits d'isolation commercialisés en France sont surtout vendus pour la construction neuve.
Dans 70 % des chantiers comprenant de l'isolation thermique de parois opaques, une seule paroi est isolée. L'isolation complète n'est réalisée que dans 10 % des cas.
Les travaux d'isolation entrepris par les ménages relèvent souvent de l'auto-construction : moins d'un chantier d'isolation sur 2 est réalisé par un professionnel. Cette situation est en train de changer avec l'intégration de la main-d'œuvre dans le dispositif du crédit d'impôt depuis l'année dernière.

* selon l'étude OPEN éditée en décembre 2008 par l'Ademe.

 

Le saviez-vous ?

Un état des lieux qui fait réfléchir
Ce constat, même s'il ne peut être généralisé, révèle néanmoins un nombre non négligeable d'incohérences. Comment peut-on aujourd'hui moderniser son installation de chauffage avant toute étude thermique, ne serait-ce que sommaire, mettant en évidence des carences d'isolation et d'étanchéité à l'air ? Les coûts de ces interventions sont loin d'être les plus importants et représentent souvent, dans le cas d'une rénovation lourde, entre 20 % (isolation des parois opaques) et 50 % voire plus si vous y ajoutez le remplacement de toutes les menuiseries. Quand on sait que l'investissement pour une pompe à chaleur peut varier du simple au double en fonction de sa puissance et de ses fonctions (sans compter son coût d'utilisation), ne pas organiser les travaux à réaliser de façon logique impliquera obligatoirement des lourdes dépenses supplémentaires. CQFD