La construction modulaire interagit avec l’espace public

À l’occasion de concours, comme Architecture(s) Elémentaire(s), ou avec les étudiants de l’Ecole Boulle, ou encore sur l’esplanade de La Défense, la construction modulaire et son mobilier urbain offrent de nombreuses possibilités pour rendre l’espace public attractif et fonctionnel. Focus sur quatre projets particulièrement évocateurs.

Le concours Architecture(s) Élémentaire(s) organisé par Algeco en 2015-2016 a abouti à de belles propositions. Projet lauréat, Running City imagine des centres-villes équipés de vestiaires accessibles à tous les coureurs. « Notre postulat de départ est que la voiture individuelle n’est plus un modèle de transport d’avenir en centre-ville », expliquent Benoît Sallé et Ronan Thomas, les deux jeunes architectes à l’origine de cette idée. Ils avancent des objections économiques (le prix des carburants), écologiques (les émissions de CO2), logistiques (circulation saturée) et psychologiques (dépendance trop forte à son véhicule).

« À partir de ce constat, nous avons identifié trois possibilités. Développer des véhicules propres, mais qui resteront individuels. Accroître le maillage des transports en commun, ce qui se révèle souvent complexe, long et coûteux. Encourager enfin un « mix circulatoire » en favorisant de nouvelles formes de transport urbain : le covoiturage, le vélo déjà présent dans de nombreuses villes, mais aussi le running », proposent les architectes.

Aller au travail en courant, c’est de plus en plus fréquent ! Les adeptes sont de plus en plus nombreux. On dénombre 8,5 millions de pratiquants de la course à pied en France, soit 19 % de la population, selon une étude de la Fédération Française d’Athlétisme de 2014. Courir est non seulement bon pour la santé mais également pour l’environnement.

Running City n’est pas une utopie

Les vestiaires-douches réservés aux runners prennent la forme d’un totem. Il faut qu’ils soient visibles, attractifs, incitatifs. D’où l’idée de totems déstructurés dont les deux jambes symbolisent une foulée, avec un habillage façon origami évoquant un tee-shirt froissé… Ils seraient constitués de modules Progress de 30 m2, facilement empilables. Les utilisateurs trouveraient douches, sanitaires et vestiaires équipés de casiers en location. Légers, peu encombrants au sol, ces monolithes seraient faciles à démonter ou à multiplier.

Pour Benoît Sallé et Ronan Thomas « Running City » n’est pas une utopie. « Nous aimerions que les pouvoirs publics prennent en charge l’implantation des totems, un peu comme pour les w.c. publics. Des recettes seraient générées par abonnement, sous des formes diverses : carte annuelle ou mensuelle, ticket hebdomadaire ou journalier. Nous pensons également au sponsoring. L’accès pourrait alors être gratuit, avec ouverture en rez-de-chaussée d’une boutique de sport, d’un pressing ou d’autres services à imaginer ».

Un greffon urbain en construction modulaire

Les étudiants aussi planchent sur la question du mobilier urbain. Algeco et l’Ecole Boulle, école supérieure des arts appliqués et lycée des métiers d’art, de l’architecture intérieure et du design, se sont associés pour proposer une mission aux étudiants : la présentation d’un projet d’espace modulaire adaptable aux événements urbains, et destiné à être installé sur place Felix Eboué dans 12ème arrondissement de Paris.

Les étudiants avaient pour mission la réalisation d’un projet de greffon à partir d’un module Algeco®, c’est-à-dire un kiosque artistique et urbain, capable de s’adapter à la vie urbaine, aux événements culturels et artistiques mais aussi aux événements associatifs et participatifs de quartier.

Le projet Aiguille-moi a été présenté par Carla Genty sur le thème de la mode, et plus particulièrement l’événement de la Fashion Week. L’étudiante à l’Ecole Boulle a défini le greffon urbain autour de 3 axes : un lieu ayant pour finalité d’accueillir tout au long de l’année des événements liés à la mode et à son actualité, un lieu où la population du quartier est le premier intervenant, et enfin un point d’ancrage pour la Fashion Week avec ce quartier du XIIème arrondissement (son projet s’implante sur la place Felix Éboué).

Le mobilier sort dans la rue

Afin d’initier les différentes générations d’un quartier au monde de la mode et ses ressources, l’étudiante donne un rôle participatif à son greffon urbain. Des boîtes de verre traversant le module, permettant aux usagers d’y déposer des éléments de couture ou des chutes de tissus, pour les réutiliser lors d’ateliers organisés tout au long de l’année.

Le module préfabriqué Algeco® peut également remplir la fonction espace de projections, de retransmission par écran et d’échanges à l’occasion de la Fashion Week. Le mobilier serait alors installé à l’extérieur afin de devenir des assises pour accueillir les passants.

Le greffon, un lieu de rencontre et d’échange

De son côté, Bénédicte Chevalier a souhaité mettre à l’honneur les notions clés de passage et de mouvement pour son projet de greffon urbain. Pour initier le mouvement, les façades présentent des flèches, ce qui est également la forme de l’escalier.

Pensé pour le marathon, mais également et surtout pour les habitants du quartier, le greffon se veut un lieu de rencontre et d’échange. Pour mettre en avant la notion de passage, le greffon urbain présente des façades ajourées, permettant une meilleure circulation de l’air, de la lumière et du vent. Construit sur deux niveaux, le greffon permet, lors de la tenue du marathon, de suivre la course en direct sur écran, mais également depuis sa terrasse qui surplombe le tracé.

Une Rue des Utopies modulaire et démontable

Enfin, Forme Publique, la biennale de La Défense, fait elle aussi appelle à la construction modulaire. Les designers Florian Lopez et Constantinos Hoursoglou, de la Compagnie des rues, ont conçu sur l’esplanade un abri qui est un lieu local de quiétude, déconnecté d’internet. Représentant selon eux l’échelle globale, cette Rue des Utopies prend la forme d’une promenade-observatoire.

Une structure en aluminium habillée de lames de bois, comme celle d’un banc public, offre une promenade de 1,5 m à 2 m de hauteur sur un linéaire de 60 m environ, dans le bosquet de tilleuls situés près de la sortie du métro Esplanade. Les matériaux utilisés sont bruts, sans coloration en vue de leur recyclage après utilisation. Les lames de bois horizontales donnent une dynamique au chemin rythmé par deux cabanes pour s’abriter du soleil ou de la pluie. Modulaire et démontable, la Rue des Utopies, qui a fait l’unanimité du jury, est constituée de différents éléments se connectant eux aussi facilement.